René Guy Cadou, L’enfant précoce
Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau poème
Elle n’avait pas appris l’orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des cœurs
Elle ne disait rien de l’amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie ».
Das frühreife Kind
Eine Lampe tauchte auf aus dem Meer,
ein Vogel sang, in einem abgelegenen Dorf
begann ein kleines Mädchen zu schreiben,
allein für sich selbst,
das schönste Gedicht,
Orthographie beherrschte es nicht,
es zeichnete in den Sand
der Lokomotiven
und der Waggons, die voll Sonne waren,
es ritzte linkisch in die Bäume
verschnörkelte Großbuchstaben und Herzen,
es sagte nichts von der Liebe,
um nicht zu lügen,
und als der Abend herabstieg
auf seine Wangen,
rief es seinen Hund herbei
und sprach:
„Auf jetzt, suche dein Leben.“