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Francis Jammes, Les prières s’en vont au ciel

25.10.2026

Les prières s’en vont au ciel comme des fleurs
on ne sait trop comment, les unes, luxueuses
et lourdes de parfums comme des tubéreuses ;
les autres pauvres, ternes et de peu d’odeur,
ainsi que les pensées d’un parterre indigent.
Le Poète les voit monter vers l’Indulgent,
vers le Père qui seul pèse l’or et l’argent.
Et c’est Lui qui évalue le prix de chaque fleur,
qu’il voit venir à Lui. Et, seul, Il peut juger
au dessus de nos sens, au dessus de nos haines,
si l’humilité bleue d’un bouquet de verveines
vaut autant, plus ou moins que l’œillet recherché.

Car, soucieusement, tel qu’un très vieux marin
dont la barbe a été battue par le tonnerre,
sur les gouffres du ciel de nacre Dieu tend les mains
à tous ceux qui, souffrants, lui offrent leurs misères
au creux d’un diamant ou d’une primevère.

 

Die Gebete fliehen in den Himmel

Die Gebete fliehen in den Himmel, Blumen gleich,
keiner weiß ja wie, die einen, voller Prangen,
schwer von Wohlgeruch, Hyazinthen, nachtumfangen,
die andern, ärmlich, wenig duftend, bleich,
wie Gedanken, dürftiger Erde karger Sinn.
Der Dichter sieht sie steigen zum Erbarmer hin,
zum Vater, der allein wägt Gold und Silberling.
Er ja schätzt jede Blume, ob sie arm, ob reich,
die er zu Ihm kommen sieht. Er allein verfügt,
hoch über unserem Hassen, unserem Sehnen,
ob die blaue Demut, ein Bündel von Verbenen,
gleich, mehr oder minder als die stolze Nelke wiegt.

Kummervoll, ein Seemann, alt wie die Legende,
dessen Bart vom Donner ward gespalten,
reicht über den Abgründen des Perlmutthimmels die Hände
Gott all jenen, die leidend ihm ihr Elend entgegenhalten,
ob in eines Diamanten oder einer Primel Falten.

 

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